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Sur Marseille
 
19 mai 1986 c’est la fête des mères curieux jour de prédilection que ma mère

a choisi pour ouvrir les yeux. Je suis enceinte de plus de huit mois autour de mon

ventre il y a deux ceintures qui empêche le ventre de ressortir. Un coup de massue

énorme, tout vient de s’écrouler autour de moi.

Ma mère dans une rage épouvantable m’insulte avec des mots que je n’oserai jamais

prononcer à mes enfants peu importe la bêtise. Puis tout s’enchaîne très vite. Je suis

condamnée à rester dans ma chambre.

Fin de discutions.

Le lundi une assistante sociale est déjà là. Elles avaient déjà tout prévu. Lors de l’entrevue à trois

elles n’étaientque deux à parler. Ma fille est irresponsable, elle est bonne à rien, elle ne travaille

pas et je ne veux pas d’elle dans « cet état « ! Votre mère a raison. Il existe des parents qui ne

peuvent pas avoir d’enfant.

Vous pouvez leur offrir cetenfant qui aura tout l’amour et le bien être dont il a besoin.

Ce que vous ne pouvez lui offrir dans l’immédiat et vous

êtes jeune vous pourrez en faire d’autre. Je n’ai pas pu en placer une ma mère intervenait à

ma place et l’assistante sociale buvait ses paroles comme un apôtre écoute son maître.

Nous habitions dans une résidence très privée et ma mère ayant peur du qu’en dira t’on n’a pas

voulu que je reste chez elle jusqu’à la naissance alors que j’arrivais à terme. Alors, toujours avec

l’assistante sociale elles ont choisis de me placer dans un centre de convalescent. Histoire d’éloigner

la mauvaise graine et pour ma mère conserver sa belle image.

Je n’ai eu aucune entrevue privée avec l’assistante sociale, jamais elle ne m’a parlé des structures qui

accueillaient les filles mères, les aides que je pourrai avoir si je gardais l’enfant à l’insu de ma mère.

L’enfant n’était déjà plus le mien. On pourrait dire mais pourquoi ne c’est elle pas rebellé ?

Pourquoi n’a-t-elle pas su se battre ?Par ce manque d’information que l’assistante sociale devait me faire, par cette pression psychologique effectuée par ma mère. Tout le monde m’abandonnait aussi.

Je me trouvais dans un état lamentable avec aucun soutien de nulle part.

 Jeudi 5 juin 1986

Le centre à prévenu l’hôpital qu’une jeune fille arrivait par ambulance pour un accouchement sous x.

Ma mère prévenue, ne s’est pas déplacé…à quoi bon . La douleur est installée au fond de moi. Douleur

qui vient, qui part comme un passant.

Un silence pesant englobe la salle de travail vide de toutes forme humaine et l’enfant ne dort pas.

Il glisse inlassablement hors de moi et je ne peux rien faire pour le retenir. A l’heure qu’il est je suis Madame X,

je n’existe pas, je ne suis rien.

Même jour 08H45

Un cri…construit de deux petits cris. Mon bébé est là mais on ne me le donne pas. On me le pose sur ma cuisse sa tête posée sur le bas de mon ventre. Petit corps tout chaud, plein de vie et d’innocence. Puis il a disparut.

Je pleure ivre de douleur et on me laisse là les jambes dans les étriers durant deux heures. Autre pression psychologique mais dans l’autre sens.

Faire en sorte que je n’oubli pas ce que je viens de vivre, que ce soit pour moi une leçon. Le fait de me laisser comme ça seule au milieu des eaux et du sang avec le placenta bien posé devant mes yeux. J’avais demandé si c’était une fille ou un garçon et l’on m’a répondu très froidement- Vous n’avez pas à le savoir !Pas le droit non plus de lui donner de prénoms. C’est plus tard lorsqu’on m’a conduite dans ma chambre qu’une jeune femme m’a dit

Vous avez eu une belle petite fille de 3k250g et en bonne santé.

 5 juin 2004

Elle vient d’avoir 18 ans et je ne connais rien d’elle-même pas ses prénoms. Non je n’ai pas oublié comment le pourrais-je.

Elle est toujours en moi. Il est très difficile de se reconstruire après. Il y a les anniversaires, les Noël et les douloureuses fêtes des mères. Je sais enfin j’espère qu’elle a une famille qui l’aime et je ne veux pas gâcher ça.

Je respecte ses parentspour l’amour qui lui donne. Je souhaite qu’elle construise sa vie avec des vraies valeurs humaines.

J’ai fais mon petit bonhomme de chemin aujourd’hui je suis sereine et confiante en l’avenir. J’ai deux merveilleux garçons et je dirige l’antenne des mères de l’ombre à Nantes. Et j’attends…sans forcer le destin. J’ai fais la levée du secret de mon identité

(loi Matteï mise en place par Ségolène Royale 2002).Ma fille ferra son choix en toute conscience et je sais que le jour où elle décidera de me retrouver, elle l’aura choisi seule, sans la peur de froisser ses parents et en connaissance de cause. Je serais là pour tout lui expliquer. Pour lui dire que je ne l’ai jamais abandonné dans mon cœur. Lui dire que je l’aime…tout simplement.

 

Naissance anonyme

Dans cette ambulance fermée
Je n'arrête pas de pleurer
J'ai mal, l'homme me tient
Sans mot dire prend ma main
Et voilà les roues qui glissent
Pendant que je m'enlise
Encore combien de temps
Pour devenir "maman" ?

Des femmes me poussent dans le couloir
Moi, j'ai hâte de te voir
Sur la table je m'allonge
Déjà je sent que tu plonge

Piqûres, ceinture, chronomètre
Dans combien de temps vas-tu naître ?
Tension, contractions, respiration...
Puis dernières recommandations.

Il commence à faire jour je suis cassée
J'entend le mauvais bruit des étriers
Je sers une main dans ma main
Je sent l'enfant qui vient..
Les larmes aveuglent mes yeux
Bientôt nous serons deux
Je sais dans la douleur
Que je rentrerai seule

Et déjà je pénètre
Dans ce petit être
Qui sera mon enfant
Un si court instant.
Voilà je dégringole
L'enfant se décolle.
La machine s'affole
Mes espoirs s'envolent.

L'enfant est là
Je ne le vois pas.
On ne me le donne pas.
Dans mon coeur c'est la peur
Dans le sien sa première heure.
Et j'entends ses cris
Mais les femmes me l'ont pris.

Je me suis endormie
Lourde d'insomnies
Je me sent si vide
Comme une vieille sans ride
Je n'entends plus son cri
Il est déjà parti.

 


Béatrice "une mère de l'ombre"

Béatrice nous a informé qu'elle a trouvé le prénom de sa fille le 4 novembre 2004 elle se prénomme: EMILIE...


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